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LE JOHANNISME

          Nié par certains, ignoré par d’autres, le Johannisme possède cependant, dans les rangs de nombreuses sociétés initiatiques (ou se donnant comme telles) de multiples thuriféraires. Mais, à les lire ou à les écouter, on se rend compte que leur ignorance n’a d’égale que leur enthousiasme. Soucieux d’apporter notre contribution à une saine compréhension du Johannisme, nous avons rassemblé ici quelques articles à ce sujet.

SAINT JEAN L’EVANGÉLISTE

            Frère de Jacques le Majeur, Jean est originaire de BETHSABE, ou BEITHSAIDE (étymologiquement, le lieu de pêche), localité située sur la rive sud du lac de GÉNESARETH (étymologiquement, le jardin du Prince), ou de TIBERIADE, à deux kilomètres à l’Est du point où le Jourdain pénètre dans le lac. Son père ZÉBÉDÉE est un pêcheur de condition aisée. Sa mère, SALOMÉ est apparentée à la Vierge Marie (sœur ? cousine ?).

            Jean est employé dans l’entreprise de pêche dirigée par son père avec comme associé Simon Pierre.

C’est aussi un disciple de Saint Jean Baptiste, qui lui fait connaître la doctrine des Esséniens.

C’est au printemps de l’année 28 de notre ère, que Jean va rencontrer Jésus. En compagnie d’André, Jean entend Le BAPTISTE, son Maître, s’écrier à la vue de Jésus : « Voici l’agneau de Dieu ». C’était la dixième heure. Sans hésiter, Jean et André suivent Jésus et deviennent les premiers Apôtres. (Année 28 = 2+8=10 : le nombre 10 marque le retour à l’unité, le passage à un état supérieur).

Parmi les Apôtres, Jean joue avec Pierre et Jacques, un rôle de premier plan. Qualifié de disciple bien aimé, il est présent à tous les évènements majeurs de la vie du Christ : Résurrection de la fille de JAÏRE, Transfiguration, Préparation de la Cène, Agonie au jardin de GETHSEMANI (pressoir à huile). Il est le seul apôtre qui soit présent au GOLGOTHA, où Jésus lui confia Sa Mère avant d’expirer sur la Croix. Il est le premier à reconnaître le Christ ressuscité.

Après la Pentecôte, Jean (colonne de l’Eglise) se tient constamment auprès de Pierre. Puis il quitte Jérusalem et gagne l’Asie Mineure, où il a de nombreux contacts avec les écoles initiatiques grecques. Il s’installe à EPHESE, avec la Vierge Marie.

Durant la persécution de Domitien, il est emmené à Rome. Il sort indemne des supplices de l’huile bouillante et du poison (origine de la fête de Saint Jean devant la Porte Latine – 6 Mai). Il étonne ses gardiens en gardant le jeûne absolu et en faisant des miracles. L’empereur l’exile dans l’île de PATHMOS, où il rédige son Apocalypse. Libéré, il retourne à Ephèse, y écrit son Evangile et meurt à 98 ans, sous le règne de TRAJAN (98-117).

Une légende affirme que son corps déposé dans une fosse carrée située dans le chœur de l’église d’Ephèse, se transforma en nuage de lumière.

Selon Saint Jérôme, Jean, dans les dernières années de sa vie, aimait à répéter : « aimez-vous les uns les autres. C’est le commandement du Seigneur. Même si ce commandement est seul observé, cela suffit ».

Outre l’Apocalypse, Saint Jean est l’auteur de trois Epîtres et du IVème Evangile. De nombreux écrits apocryphes lui sont attribués, notamment les Actes de Jean, Les Mystères Divins révélés à Jean, histoire de la Dormition de la Sainte Mère de Dieu par Jean le Théologien.

LA MISSION DE JEAN

Deux passages de l’Evangile selon Saint Jean nous éclairent sur la Mission de ce dernier :

-« Près de la Croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa Mère, Marie femme de CLOPAS et Marie la Magdaléenne. Jésus, alors, voyant sa Mère, et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa Mère : Femme voici ton fils. Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et, à partir de ce jour, le disciple la prit chez lui ». (Jean XIV 25-27).

- Pierre, se retournant, voit, les suivant, le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant la Cène, s’était penché sur la poitrine de Jésus et lui avait dit : « Seigneur, quel est celui qui va te livrer ? ». Pierre donc, en le voyant, dit à Jésus : « Et lui, Seigneur, quoi ? ». Jésus lui dit : « Si je veux qu’il reste jusqu’à ce que je revienne, qu’est-ce que cela fait ? Toi, suis-moi ». Aussi le bruit se répandit-il parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. Pourtant Jésus ne lui avait pas dit qu’il ne mourrait pas, mais « Si je veux qu’il reste jusqu’à ce que je revienne », qu’est-ce que cela fait ? » (Jean XXI 20-23).

Le premier passage institue Saint Jean gardien de l’ésotérisme chrétien (la Vierge Marie étant le symbole du Temple et de l’église). Le second confie à Saint Jean la préparation du retour du Christ (Parousie).

SYMBOLISME ET ICONOGRAPHIE

Dans l’iconographie Chrétienne, Saint Jean l’Evangéliste, « la louange de Dieu », quand il n’est pas vêtu de rouge (la sublimation – l’Esprit – l’Amour – la Pierre Philosophale – le Grand Œuvre achevé), porte le manteau ou la tunique verte (la vie – l’Espérance – le Spiritus Mundi – l’Initiation – la Régénération).

            C’est le symbole des œuvres accomplies pour la Rénovation Spirituelle. On lui associe comme pierre précieuse l’émeraude. Comme il fut, par ailleurs, le premier à célébrer l’Eucharistie, on le représente imberbe (la jeunesse, la pureté, la chasteté, la virginité), revêtu de vêtements sacerdotaux et portant le graal. Ce qui signifie qu’il détient la Connaissance, la Gnose. Celle-ci est d’ailleurs le premier pilier du Johannisme, le second étant l’Amour.

            On peut le voir sur les vitraux des cathédrales, baptisant par infusion des âmes, représentées par des personnages nus et asexués. Il est donc le Maître de l’Initiation et préside de ce fait à la construction du Temple Mystique. Ne lit-on pas, dans l’Apocalypse, « celui qui me parlait tenait une mesure – un roseau d’or – pour mesurer la Cité, ses portes et sa muraille » ? (XXI – 15)

           

            Le symbole de l’Evangéliste est l’Aigle. Dans l’antiquité, l’Aigle est un attribut de Zeus. C’est lui qui porte les foudres de Jupiter. Et dans les mythologies les plus anciennes, l’Aigle, messager des dieux, porte le feu du Ciel. Il s’élève au-dessus des nuées pour contempler la lumière divine et les Mystères Divins. Symbole de l’Air, l’Aigle est intermédiaire entre le Ciel et la Terre, entre Dieu et l’Homme.

            Saint Marc relate dans son évangile (III-17) que Jésus imposa à Jacques et à Jean, le nom de BOANERGES, c’est-à-dire Fils du tonnerre. Manifestement, il s’agit là d’un nom initiatique. L’Eclair et le Tonnerre sont deux symboles représentant la Parole de Dieu ; mais, si l’Eclair est la parole Ecrite, le Tonnerre est l’ENSEIGNEMENT ORAL, seul capable de transmettre les Arcanes Majeurs. Cela confirme que Jean et Jacques sont bien les Maîtres de l’ésotérisme Chrétien.

SYMBOLISME SOLAIRE ET INITIATIQUE

Des liens existent entre Saint Jean le Baptiste et Saint Jean l’Evangéliste. Précurseur de l’Ascèse Chrétienne, de l’Erimitisme et du Monachisme, le premier annonce le prophétisme du second. Si Saint Jean le Baptiste est la miséricorde de Dieu, l’Evangéliste en est la louange. Or, ainsi que le fait remarquer René Guénon, la miséricorde est un acte descendant, alors que la louange est un acte ascendant.

            Ce symbolisme se retrouve dans le cycle solaire annuel. Saint Jean le Baptiste, dont la fête tombe le 24 Juin (3 jours après le solstice d’été), ouvre la phase descendante du cycle solaire, alors que Saint Jean l’Evangéliste, fêté le 27 Décembre (6 jours après le solstice d’hiver), marque le début de la phase ascendante du même cycle. Les deux Saint Jean sont les deux colonnes du Temple de Salomon, le dieu latin Janus, ce dieu aux deux faces de l’Initiation, qui ouvrait et fermait les portes du Temple. Les deux Saint Jean sont donc les symboles des deux pôles de l’Initiation.

            Saint Jean le Baptiste, qui vécut avant le Christ et qui le baptisa dans le Jourdain, est le vieil homme encore marqué par l’animalité (tunique en poils de chameau – ceinture de cuir – nourriture à base de sauterelles et de miel). Il s’oppose à Jean l’Evangéliste : l’homme Nouveau – celui qui a dépouillé le vieil homme. C’est pourquoi l’Evangile place dans la bouche du Précurseur ce verset : « Il faut qu’il croisse et que je décroisse » (Jean III-30).

SAINT JEAN ET LES ESSENIENS

Jusqu’en 1947, les ESSENIENS n’étaient connus que par les écrits de PHILON et de FLAVIUS JOSEPHE, en dehors de quelques lignes que leur avait consacré PLINE L’ANCIEN. La découverte des manuscrits à QÛMRAN (1947 – 1956), sur la rive occidentale de la Mer Morte, a permis de préciser nos connaissances sur eux.

La fondation des communautés esséniennes remonte au IIème Siècle avant Jésus Christ. Elle correspond au massacre par l’inquisition Sacudéenne du Maître de Justice, leur législateur. C’est dans ces communautés que les notions chevaleresques d’origine zoroastrienne se sont implantées et ont fusionné avec les conceptions judaïques. Les Esséniens se considèrent comme l’armée Sainte de Dieu, qui doit combattre des fils de Bélial. Ils participent donc au Grand Combat eschatologique entre les Fils de la lumière et les Fils des ténèbres. Or, il existe des affinités entre les écrits Johannites et ceux des Esséniens :

-          Le thème de la Révélation.

Pour les Esséniens, la Révélation (YADAH ou GALAH) se fait par la lumière (par moi tu as illuminé le visage de beaucoup. Dieu est la lumière du juste. Car de la Fontaine de la Connaissance, il a fait jaillir sa lumière, ses yeux contemplent ses merveilles et son cœur est illuminé par le secret de l’Avenir. Tu es pour moi une Lumière éternelle). Il en est de même pour Jean.

-          La dualité.

Comme dans Saint Jean, les Esséniens croient en un conflit entre la lumière et les ténèbres. Et ce conflit prend des dimensions cosmiques. L’influence du dualisme essénien est sensible dans la première Epître de Jean et dans l’Evangile. Jean use des mêmes expressions que les Esséniens : Fils de lumière, Esprit de Vérité.

Les dualistes Essénien et Johannite ont en commun d’être monothéistes eschatologiques, moraux.

Mais au dualisme de Qûmran, durci par le déterminisme, rendu statique et imposé à l’homme, Jean oppose un dynamisme fondé sur la foi et sur la Grâce qui donne à l’homme la possibilité d’échapper aux forces des ténèbres avant le grand combat eschatologique que nous voyons se dessiner dans l’apocalypse.

LE DUALISME JOHANNIQUE

Un dualisme dynamique, c’est-à-dire en évolution constante, vers un but bien précis, se retrouve dans tous les écrits Johanniques. Il s’exprime en couples antithétiques : lumière-ténèbres, vérité-mensonge, vie-mort, amour-haine, justice-péché, voir-fermer les yeux, voyant-aveugle. Même les représentations de l’espace et du temps sont binaires : présent-futur, passé-futur, haut-bas, ciel-terre, dedans-dehors. Ce dualisme se manifeste comme un combat sur le plan cosmique et sur le plan de l’humanité.

-          Dans l’Evangile, nous voyons la lutte des fils de la Lumière contre les fils des Ténèbres, des voyants contre les aveugles, du Christ contre Satan.

-          Dans la Première Epître, les Chrétiens fidèles au Christ s’opposent aux dissidents, aux antéchrists dans une atmosphère de lumière pour les premiers et de ténèbres pour les seconds.

-          Dans l’Apocalypse, la lutte s’élargit pour prendre des dimensions cosmiques. Les combats du futur se placent en surimpression de ceux du passé (ainsi les plaies d’Egypte dont nous parle l’Exode sont réutilisées dans le cycle des sept coupes et des sept trompettes). Les visions se superposent : la Femme contre le Dragon, Michel contre le Dragon, l’Enfant contre l’image de la Bête.

Les écrits Johannites se sont inspirés de plusieurs sources : l’Ancien Testament (les prophètes), Qûmran, la Gnose, l’Hellénisme. D’où le fait que le dualisme Johannique prend une valeur universelle :

-          C’est l’aboutissement des spéculations bibliques sur la Parole de Dieu qui se spécifie sous la forme de la Loi qui devient peu à peu lumière (la lumière prophétique – la justice qui brille).

-          C’est la reprise du dualisme essénien (opposition de l’homme et du Cosmos – opposition des deux esprits offerts par le Seigneur à l’Homme – lutte de la Lumière et des fils des Ténèbres – opposition du Présent et du Futur).

-          La contribution de la philosophie grecque réside dans l’opposition corps-âme, matière-esprit.   

Saint Jean reprend le thème Platonicien de l’ombre de la Caverne et de la Lumière Solaire, et de l’antithèse entre Connaître et se tromper.

            La Gnose est, à l’époque, la Religion de la Lumière. C’est par la Lumière que l’homme assure son salut. C’est là un thème nettement exprimé dans la Première Epître.

            Ainsi le dualisme Johannique s’est-il enrichi de plusieurs stratifications nouvelles dans une relation d’opposition, mais aussi de complémentarité. A travers le niveau Cosmique (jour-nuit) s’est élaboré un niveau métaphysique (vérité-erreur) et un niveau moral (amour-haine). Mais ce dualisme, avec l’Incarnation du Christ et avec son Retour (Parousie) tend vers une union finale du Ciel et de la Terre.

LE THÈME DE LA LUMIÈRE

Face aux ténèbres inductrices d’aveuglements, d’erreurs, d’embûches, de souffrances et de mort, se dresse la lumière révélatrice et purificatrice qui vient du ciel.

-          La lumière est d’abord une gloire que l’on reçoit. C’est la manifestation du visage de Dieu dévoilé en Jésus. Cette gloire est dispensée à la mesure de la foi : « Si tu crois, tu verras la Gloire de Dieu » (XI. 40). Exprimant la présence active et lumineuse de Dieu, la Gloire en vient à désigner la rédemption où Jésus a été glorifié.

-          La lumière est une parole de vérité qu’on entend. Le Logos (le Verbe) étant la Vraie Lumière, la vision de celle-ci donne la clairvoyance dans les mystères. Vision et Parole sont des termes interchangeables.

-          La Lumière est connaissance. Le Connaître est le Voir dans la mesure où il est Amour. Il est don et grâce (de sa plénitude nous avons tout reçu, lui qui est plein de Grâce et de Vérité). Connaître, c’est naître avec la lumière.

-          La lumière est vérité. A plusieurs reprises, Jean établit un rapport entre la Vérité et la Parole. Or, la vérité est ce qui est dévoilé, ce qui est mis en lumière. D’ailleurs, le Christ a dit « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie ». Cette vérité n’est pas statique, elle est dynamique. L’homme n’accède que progressivement à la Lumière.

-          La lumière est liberté. La Parole de vérité est libératrice (VIII-31.37). Etre libre, c’est avoir été libéré, c’est recevoir la vie, la filiation divine. Encore faut-il connaître son esclavage et accepter d’être attiré par la source de vie (Consacre-les dans la Vérité).

-          La lumière est entendement. La Parole, on la voit, mais on l’écoute aussi. Cette écoute est de l’ordre de l’entendement. La Révélationest offerte à l’homme, mais elle doit être accueillie, comprise, assumée. La foi n’est pas un but en elle-même. Ce n’est qu’un moyen d’atteindre la Vie, l’état primordial.

-          La lumière est jugement. En émergeant des ténèbres, la lumière opère une séparation, une distinction. Dans l’évangile Johannique, on remarque que, face à une parole, face à une action du Christ, il s’opère automatiquement une séparation entre ceux qui acceptent et qui s’engagent et ceux qui refusent et se détournent.

LA NOTION DE VERBE

Parmi tous les titres que Saint Jean donne au Christ, celui qui paraît le plus singulier, c’est celui de Verbe. Ce titre a ceci de particulier que jamais le Christ ne le revendique.

            Le mot Verbe est la traduction du grec logos qui signifie normalement la parole. Or, si dans notre quotidien, la parole est toujours celle de quelqu’un, on s’aperçoit que, chez Saint Jean, la parole a un caractère personnel. C’est donc un être. Et nous en avons la confirmation dans le fait qu’elle s’est faite chair, c’est-à-dire un homme concret. Le mot Verbe désigne donc le contenu de la Parole et la réalité existentielle personnelle de la Parole Unique. En donnant au Christ le nom de Verbe, Saint Jean a voulu nous introduire plus avant dans les mystères divins.

            L’origine de ce Verbe nous est clairement signifiée : le Verbe était auprès de Dieu dès le commencement, avant que ne parut le Cosmos et les premières créatures. Son existence, au delà du commencement, permet au Verbe d’embrasser tout le temps, tout l’espace, toute la Création. Il coexiste à tout ce qui vient au monde parce qu’il était avant que rien ne fut. Dans le Prologue, nous lisons : « au commencement était le Verbe ». La référence au « commencement de la Genèse » est manifeste. Mais Saint Jean se montre plus précis. Si, selon la Genèse, Dieu crée le Ciel et la Terre par un acte d’où est issu l’Univers, le prologue remonte plus loin en expliquant qu’au commencement, il y avait déjà Dieu et le Verbe et en ajoutant que l’acte initial de la création fut l’œuvre du Verbe : « tout fut fait par lui ». Le Verbe est donc préexistant à la Création.

            Et le Prologue d’identifier la sagesse et la parole. Jésus, qui est le Verbe, est la Parole de Dieu. Il en est aussi la Sagesse, c’est-à-dire cette Parole sans mots qui s’exprime à travers le monde, sa structure et son histoire. Cette Parole que le cœur de l’homme est fait pour accueillir et qu’il lui arrive d’exprimer dans son langage.

            Toute cette conception du Verbe est très proche de celle de l’Hermétisme et de celle des Gnostiques.

            Saint Augustin n’écrit-il pas : « Vous m’avez procuré certains livres des Platoniciens, traduits du Grec en latin. Et là, j’ai lu, non en propres termes, mais dans un sens semblable, appuyé de quantités de raisons de toutes sortes : qu’au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu ».

            Mais Saint Jean ajoute un fait capital : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa Gloire » (Jean 1-14). Et Saint Jean d’illustrer dans son évangile combien ce fait est au cœur du mystère du salut et une des pierres fondamentales de la doctrine Chrétienne.

            D’ailleurs le Prologue de l’Evangile dans lequel nous sont exposés les attributs du Verbe est un texte hautement Hermétique. C’est pour cela qu’il doit se lire à la fin de la messe, à voix basse, le missel fermé, le corps légèrement tourné vers le Nord-Est.

LES ECRITS JOHANNIQUES

Différents par le style, la composition et le but, les écrits Johanniques offrent, à première vue :  

-          pas de composition logique

-          peu de particules de liaison, mais des termes qui reviennent à plusieurs reprises. Chacun ressemble à une tour où les étages se ressemblent, mais où l’on monte en spirale.

Ces thèmes s’interpénètrent en des termes variés et parallèles (le Verbe est la Vie et la Vie est la lumière des hommes). Aussi, tous les thèmes se fondent finalement dans une grande unité. Etudier un thème, c’est choisir un point de vue pour dominer l’ensemble, et l’ensemble est le même quel que soit le point de vue.

Le procédé de base de la construction Johannique est la reprise : on commence par la fin et on finit par le commencement. Saint Jean utilise aussi l’inclusion (reprendre à la fin d’un passage un thème qui se trouvait à son commencement) et le Chiasme (formé par une série d’Inclusions emboitées les unes à l’intérieur des autres et organisées autour d’un centre. C’est ainsi que le Prologue forme un Chiasme autour du verset : devenir enfant de Dieu).

Il y a aussi les mots clefs. Saint Jean utilise 1011 mots contre 1691 dans Matthieu, 1345 dans Marc et 2055 dans Luc. Mais le vocabulaire Johannique se distingue par l’intensité et les mots clefs les plus répétés suggèrent les thèmes de son Evangile. A titre indicatif, voici les plus importants dans les Evangiles.

  Matthieu Marc Luc Jean
Aimer - Amour 9 6 14 44
Vérité 2 4 4 46
Connaître 20 13 28 57
Je Suis 14 4 16 54
Cosmos 8 2 3 78
Vie 7 4 5 36
Père 45 4 17 118
Témoin – Témoigner 4 8 5 47

Dans l’Apocalypse, quatre lois régissent la composition :

- la loi de l’emboîtement par laquelle on anticipe sur la scène suivante, de sorte que chaque mouvement se rattache au précédent.

- la loi des ondulations qui fait que l’auteur répète les mêmes successions d’évènements sous des formes différentes.

- la loi de perpétuité de l’antithèse dans les détails et dans l’ensemble.

- la loi de périodicité de l’antithèse qui se place à la fin des visions préparatoires qui précèdent les septénaires et à chaque sixième phase de ceux-ci.

            Ces quelques notions sommaires sur la composition des écrits Johanniques montrent que nous sommes en présence de constructions géométriques en mouvement.

LE SYMBOLISME DES ÉLÉMENTS

            Le cosmos est le cadre dans lequel se déroule l’évolution spirituelle de l’humanité. Pour Saint Jean, il est d’ailleurs lié au devenir de l’homme. L’évènement de la Jérusalem Céleste s’accompagne de l’apparition d’une terre et d’un ciel nouveaux.

            Les éléments du Cosmos sont le milieu naturel et universel de toute nature vivante en général et de tout chrétien en particulier. L’expérience du Cosmos est une relation primordiale qui traduit elle-même la relation avec le Divin.

            Saint Jean reprend les éléments traditionnels des écoles initiatiques antiques (Terre, Air, Eau, Feu) et les oppose deux à deux (Terre-Air et Eau-Feu).

            La Terre, monde chtonien de l’opacité, des ténèbres, de la mort, de l’enfer, de la chair, s’oppose au monde de l’air où règnent l’Esprit et la Lumière.

            L’eau et le feu sont ennemis par nature. Mais ils s’associent cependant dans l’acte de purification. Principe de l’indifférencié et du virtuel, l’eau est matrice de toutes les possibilités. Elle représente l’état préformel de la création, et l’immersion dans l’eau équivaut à une régénération, à une nouvelle Naissance. Purificatrice, l’eau lave de toute souillure, mais elle procure aussi la possibilité de passer à un état supérieur (Baptême, Lavement des pieds). Elle est assimilée à la Vie (entretien avec la Samaritaine) et à l’Esprit lorsqu’elle est transformée en vin (Noces de Cana).

            Le feu est associé au Baptême dans l’Esprit Saint. Vivificateur, il est Parole et Vie.

            L’Air est considéré par Saint Jean comme la quintessence des éléments. Sa transparence en fait le symbole le plus adéquat pour représenter la Lumière et l’Esprit. Dans son entretien avec Nicodème, Jésus déclare : « Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit » (Jean III-8). Le Paraclet s’approprie toutes les qualités de l’Air (mouvement, expansion). Mais Saint Jean l’enrichit de fonctions d’enseignement : « Paraclet vous enseignera et vous rappellera de sorte que vous n’avez plus besoin qu’on vous enseigne » (Jean XIV.26 et 1ère Epître II.27).

LE SYMBOLISME DES NOMBRES

Dans tous ses écrits, Saint Jean fait un large emploi du symbolisme des Nombres.

1, est le symbole de l’Unité et de la Divinité (il n’y aura qu’un troupeau, qu’un pasteur – Moi et le Père sommes un).

2, la dualité ou la complémentarité est présent implicitement dans tous les couples antithétiques – (voir aussi les deux témoins de l’Apocalypse).

3, la perfection, l’harmonie, se trouve dans la Trinité.

4, la matière, les éléments, le monde physique, les fléaux (les quatre vivants, les quatre jours de Lazare dans le tombeau, les quatre cavaliers de l’Apocalypse : la maladie, la famine, la guerre, les faux prophètes.

5, le Karma (les cinq arcades de la piscine de Bethseda, les cinq maris de la Samaritaine).

6, la Création, le changement d’état (les 6 jarres des Noces de Cana – l’entretien avec la Samaritaine a lieu à la 6ème heure).

7, les piliers de la Sagesse, les Rayons de la Tradition. Les sept plans de la Création, les dons du Saint Esprit, la Perfection, la plénitude (les 7 miracles de l’Evangile – les sept Eglises d’Asie – les sept trompettes – les sept coupes – les sept sceaux – les sept visions de l’Apocalypse – l’Esprit à la flamme septiforme).

9, la Création spirituelle, la naissance, l’Amour (les neuf jours de l’Evangile)

10, l’aboutissement, le nouveau départ, la Tétraktys (les dix cornes de la Bête – Saint Jean rencontre le Christ à la dixième heure).

12, les cycles du temps, le zodiaque, les tribus d’Israël, le monde céleste (les douze assises, les douze portes de la Jérusalem Céleste, les douze fruits de l’arbre de vie, les douze apôtres, les douze trônes).

21, ou 3x7, la triple perfection (les XXI chapitres de l’Evangile).

22, les lettres de l’alphabet Hébraïque, les lames du tarot, de la Kabbale, la Science Secrète (les XXII chapitres de l’Apocalypse).

24, ou 2x12, les juges de l’Univers (les 24 vieillards de l’Apocalypse)

144, ou 12x12, la perfection du temps, l’Eternel Présent (les 144 coudées de la muraille de la Jérusalem Céleste).

153, la valeur secrète de 17, le nombre du Christ (les 153 poissons de la pêche miraculeuse).

666, le nombre de la Bête

1000, une longue durée (le millénium)

144.000 ou 144x1000, le nombre des élus.

            On remarque que Jean insiste beaucoup sur le nombre sept. En général, sept, c’est 4 (la matière) dominée par 3 (l’Esprit). C’est aussi l’universalité du temps (les 7 rayons de la Tradition) de l’espace et de la Création (les 7 plans – les 7 corps de l’homme). C’est le nombre de l’Esprit (les sept piliers de la sagesse, les sept dons de l’Esprit). Aussi, les lettres aux sept Eglises d’Asie (Ephèse – Pergame – Smyrne – Thyatire – Sardes – Philadelphie et Laodicée) sont-elles à analyser à la lueur des sept rayons de la Tradition.

LES SEPT MIRACLES DE L’EVANGILE

            Parmi les miracles accomplis par le Christ, Jean en sélectionne sept :

-          Les noces de Cana (II 1-11)

-          La guérison du fils d’un fonctionnaire royal (IV 46-54)

-          La guérison du paralytique à la piscine de Bethzatha (V 1-9)

-          La multiplication des pains (VI 1-15)

-          La marche sur la mer (VI 16-21)

-          La guérison de l’aveugle né (IX 1-7)

-          La guérison de Lazare (XI 1-44).

Le vocabulaire johannique ne parle pas de faits miraculeux, mais de signes et d’œuvres. Pour Jean, le signe est un acte posé par Jésus qui manifeste ainsi sa gloire, et cet acte renvoie à l’instant où le Christ manifestera définitivement sa Gloire : l’heure de sa mort sur la croix.

On observe aussi que le miracle de Cana est un miracle d’eau, ainsi que le troisième et le cinquième, alors que les miracles 2 et 4 sont des miracles secs. Cependant au sixième (Aveugle né) le Christ ajoute « va te laver dans la piscine de Siloé », ainsi le sixième miracle procède d’une mixité et le septième miracle (Lazare) est un miracle sec.

LES JE « SUIS » JOHANNITES

Les exégètes n’ont pas été sans remarquer l’abondance des affirmations du Christ commençant par « je suis » dans l’Evangile Johannite. C’est ainsi que nous relevons quelques exemples :

-          Je suis le pain de vie (VI -35)

-         Je suis le pain descendu du ciel (VI – 41)

-         Je suis le pain de vie (VI – 48)

-         Je suis le pain vivant descendu du ciel (VI – 51)

-         Je suis la lumière du monde (VIII – 12)

-         Si vous ne croyez pas que je suis, vous mourrez (VIII – 24)

-         Avant qu’Abraham ne fut, moi je suis (VIII – 58)

-         Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde (IX – 5)

-         Je suis la porte des brebis (X – 7)

-         Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé (X -9)

-         Je suis le bon pasteur (X – 11)

-         Je suis la Résurrection et la Vie (XI – 25)

-         Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie (XIV – 6)

-          Je suis la vraie vigne (XV – 1)

-          Je suis la vigne et vous êtes les sarments (XV – 5)

-          Qui cherchez-vous ? Jésus de Nazareth dirent-ils – Jésus leur dit : Je le suis. Quand donc il eut dit : « Je suis », ils reculèrent et tombèrent (XVIII – 4-6)

-          C’est donc toi-même qui le dit : je suis roi, je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité (XVIII – 37)

Premières remarques

-          Il n’y a pas un seul « Je suis » dans les trois premiers chapitres de l’Evangile. Le premier apparaît sous une forme atténuée dans le dialogue avec la Samaritaine : « Le Christ nous annoncera toutes ces choses. Je le suis, moi qui te parle » (IV-26).

-          Les « Je suis » apparaissent beaucoup plus que de simples paroles. Preuve nous en est donnée au moment de l’arrestation. Dès que Jésus prononce « je suis », les gardes se reculent et tombent. Les « je suis » ont donc un caractère magique et mettent en action la puissance divine.

-          Incontestablement, le « je suis » Johannite renvoie au « Je suis celui qui suis » de l’Exode.

« Je suis celui qui suis »

            « Moïse dit à Dieu : Voici que je vais aller vers les enfants d’Israël et je leur dirai : le Dieu de vos pères m’envoie vers vous. S’ils me demandent quel est son nom que leur répondrai-je ? Et Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il dit : c’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Je suis m’a envoyé vers vous ». (Exode III – 13-15)

            Cette affirmative divine a suscité de nombreux commentaires. On a fait surtout remarquer que Dieu avait dit : « Je suis celui qui suis » et non « je suis celui qui est ». Si le « je suis » est la marque de la puissance, l’expression « celui qui suis » est de nature métaphysique. Dieu est le seul être dont l’Essence implique l’existence, le seul être dont l’existence ne dépend que de lui. « Je suis parce que je suis » pourrait être une des traductions les plus exactes de l’affirmation divine.

Retour aux « Je suis » Johannites.

            Il y a dans tous les « je suis » johannites une double implication.

-          Le « Je suis » johannite ne veut pas dire immédiatement « je suis celui qui a dit à Moïse : je suis celui qui suis » car le Christ marque bien la distinction entre les personnes du Père et du Fils.

-          Mais en parlant comme son Père parlait à Moïse, Jésus s’identifie au Père.

Comment résoudre cette contradiction ? Tout simplement par la distinction de l’Essence et des Personnes. En Dieu, il n’y a qu’une seule Essence mais trois Personnes distinctes (le Père, le Fils et le Saint Esprit).

Le « Je suis » de Moïse et le « Je suis » Johannite sont une seule et même parole dite par deux voix : celle du Père et celle du Fils.

Mais les « Je suis » Johannites peuvent aussi se classer en deux catégories :

-          les « Je suis » absolus qui identifient en Essence le Christ à Dieu

-          les « Je suis » qui marquent une identité entre le Christ et les réalités mystérieuses (le pain, la lumière, la porte, le chemin, la vérité, la vie, la vigne, le bon pasteur).

Dans ce dernier type de formulations, il existe certes une identification à l’Essence divine mais au second plan seulement. Le premier étant l’évocation de dons ou de promesses divines. Ce lien entre le « je suis » et le don qu’il apporte est souligné par la tournure « je suis celui qui suis ». Citons :

-          Je suis le pain de Vie, celui qui me mange vivra éternellement (VI - 51)

-          Je suis la lumière du monde, celui qui me suivra ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière et la vie (VIII – 12)

-          Je suis la porte, celui qui entrera par moi sera sauvé (X – 9)

-          Je suis la vigne, celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donnera beaucoup de fruits (XV – 5)

Par ailleurs, le « Je suis » johannite est souvent accompagné d’une exclusion marquant le fait que la voie est unique. Citons :

-          Je suis vivant descendu du ciel. Si vous ne mangez la chair du fils homme vous n’aurez par la vie en vous (VI – 51-54)

-          Je suis la porte. Celui qui n’entre pas par la porte de l’enclos des brebis, mais l’escalade par un autre point, celui-là est un voleur et un brigand (X)

Ce caractère exclusif renvoie au prophète Isaïe : « C’est moi YHWH et il n’y a pas d’autre sauveur que moi (XLIII – 11)

Ainsi donc, le « Je suis » johannite concentre sur la personne du Christ, toutes les espérances messianiques. Celles-ci se résument souvent en un mot : la vie. Jean nous parle du pain de vie, de la lumière de la vie. Or la vie est une force qui se manifeste par l’Esprit. Conformément à la Bible, Jean affirme que Dieu, le Vivant par excellence est la seule source de Vie. Jean saisit la Vie dans le Verbe préexistant, dans la force créatrice. Jésus n’apporte pas seulement la Vie, IL EST LA VIE lui-même du fait de sa divinité ; Mais cette vie signifie non une durée, mais l’Eternel Présent, la vie primordiale. C’est pourquoi elle est aussi assimilée à la Lumière. Toutes les promesses de l’Ancien Testament sont ainsi présentes dans le Christ puisqu’il est, par excellence, la Promesse.

            Mais le Christ n’est pas seulement l’Incarnation des promesses messianiques. Il est aussi celui qui parle et celui qui donne. Mais il le fait à la façon unique de Dieu : en se distinguant des faux Dieux et des Illusions. Aussi, engage-t-Il l’Avenir.

            YHWH, en affirmant à Moïse « je suis », disait aussi « je serai avec toi » (exode III – 12), de même en disant « je suis », le Christ le fait souvent suivre par un verbe au futur. Citons :

-          Je suis le pain de vie. Celui qui viendra à moi, n’aura pas faim et celui qui croira en moi n’aura jamais soif (VI – 35)

-          Je suis la lumière du monde. Celui qui me suivra ne marchera pas dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie (VIII – 12)

-          Je suis la porte, celui qui entrera par moi sera sauvé (X – 7)

Enfin, en concentrant en Jésus tous les dons messianiques, on fait de sa personne le Don Suprême. Citons :

-          Oui, Dieu a aimé le monde au point de donner son fils unique pour que tous ceux qui croient en lui ne périssent pas, mais aient la Vie Eternelle (III – 16)

-          Si tu savais le Don de Dieu et qui est celui qui te parle (IV – 10)

Le mot Don (du grec dôron, dôrea, didomi, donner) désigne non seulement ce qui est donné mais surtout il insiste sur la gratuité et le désintéressement du donateur. C’est donc un acte de pur Amour.

            Ainsi à travers les « je suis » Johannites se précise la Mission de Jésus dans le monde et ses relations avec le Père.

LE DIVIN EN NOUS

            La Tradition nous apprend qu’au centre de chaque être humain existe la Présence Divine appelée Corps Divin – Etincelle Divine – Lumière Intérieure – La Présence – le Ayam – le Christ en soi – le Dieu en soi.

            Cette présence se trouve pour la plupart des hommes à l’état latent. Mais il est possible par l’étude, par la méditation et par la pratique de certains exercices d’amener le corps Divin à prendre possession de l’être tout entier.

            Or, le « je suis » s’identifie à cette présence Divine en nous.

            Jésus a enseigné que l’homme, du point de vue individuel, doit comprendre l’infini par l’extension sans limite de son propre esprit et rejoindre l’Esprit Universel comme un fils retourne à la maison du Père. Quand l’individu comprendra que l’Union existe en lui, que le « je suis » est un principe sans fin qui ne meurt pas, il comprendra que tout le principe d’être est en lui-même, pas seulement le Mot mais la loi et les paroles du Christ seront compréhensibles pour lui.

            Chargés de puissance et d’amour, les « je suis » sont à la base des rituels dit de l’AYAM qui ont pour objet d’éveiller la présence Divine qui est en nous. (Précisons qu’il existe de nombreuses contrefaçons de ces rituels en magie noire, d’où la nécessité de l’Esprit de discernement).

L’AMOUR JOHANNITE

            Le Johannisme possède deux piliers : la Gnose et l’Amour. Nous avons montré auparavant l’importance de la Gnose, nous ne consacrerons que quelques lignes à l’Amour, car ce dernier ne s’explique pas, mais se vit.

            Le IVème Evangile est l’Evangile de l’Amour : Dieu a aimé le monde (III – 16). Il aime le Christ (III-35—XV-9). Le Christ aime les siens jusqu’à mourir pour eux (XIII – 1) et les chrétiens doivent réaliser, non seulement la Communion avec le Christ (donc avec Dieu), mais aussi avec leurs frères (XIII – 34). L’Amour de Dieu étant le modèle vers lequel doit tendre l’Amour humain.

            Dans sa première Epitre, Jean révèle que Dieu est Amour et que les chrétiens, enfants de Dieu, sont appelés à aimer, et que pour aimer Dieu, ils doivent s’aimer entre eux. Puis Jean s’en prend à ceux qui affirment que la Connaissance est au-dessus de l’Amour. Il souligne que la Gnose véritable est un courant où la Connaissance et l’Amour sont liés de façon indissoluble. On ne peut pas connaître Dieu sans l’aimer et sans aimer ses frères (IV – 7-21).

            Pour Saint Jean, la Mystique Chrétienne commence avec l’Amour du Christ pour l’homme (un amour pur, désintéressé), et les hommes progressent en gardant le commandement nouveau, en s’aimant les uns les autres « comme je vous ai aimé ». C’est un amour qui ne cherche pas son intérêt, mais le bien de l’autre. Le Christ demande de reconnaître les autres, avec leurs insuffisances, leur hostilité à notre égard, et de les aimer malgré tout, comme Dieu les aime.

LA GÉOGRAPHIE DE SAINT JEAN

            Géographiquement la « terre d’Israël » appelée par la suite la Palestine formait un quadrilatère de 25O kilomètres de long sur 100 de large (en moyenne). Avec ses 25 000 Km2, sa superficie équivaut à celle de la Belgique.

            Le pays accidenté, comprenait quatre bandes parallèles :

-          La plaine côtière

-          Une zone de montagnes et de collines

-          Une dépression marquée par le cours du Jourdain et par la Mer Morte

-          Les plateaux de Transjordanie.

Au début de notre ère, la Palestine comportait trois provinces à l’ouest du Jourdain : La Galilée, la Samarie et la Judée et une à l’est : la Pérée.  

Or, toutes les traditions sacrées distinguent les quatre points cardinaux : Nord-Sud-Est-Ouest, et l’orientation d’un territoire le rend sacré.

La Palestine est orientée exactement Nord-Sud et cet axe est matérialisé par le Jourdain qui descend de l’Hermon (2750m) pour se jeter dans la mer Morte (-397m). L’axe secondaire Orient-Occident passe à peu près au milieu de la Samarie.

Les quatre directions de l’espace sont désignées par les lettres QOF, RESH, TAW, SHIN.

Les correspondances sont :

-          Shin – le Nord – la main droite d’Adam

-          Taw  - le Sud – la main gauche d’Adam

-          Quof – l’Orient – la nuque d’Adam

-          Resh – l’Occident – les pieds d’Adam.

C’est donc dans un espace orienté que Saint Jean fait évoluer le Christ.

            La Galilée dite le Cercle des Nations est :

-          le lieu des années obscures

-          le lieu où le Christ retourne périodiquement

-          le lieu du premier miracle : CANA

La vallée du Jourdain est :

-          le lieu du témoignage du Baptiste

-          le lieu du Baptême

La Samarie est :

-          le symbole du monde non Juif

-          le lieu de la moisson eschatologique

La Judée est :

-          le lieu où l’existence du Christ est toujours menacée

-          le lieu de l’Incarnation

Jérusalem, centre du monde Johannite est :

-          le lieu du culte et de l’adoration du fait que c’est là qu’est le Temple

-          le lieu de la Révélation (le Christ y prêche souvent) et celui du refus (les Juifs refusent le Messie)

-          le lieu de la continuité du Dessein Divin. Ezéchiel avait eu dans le Temple,  la vision du Christ. En s’y manifestant, Jésus authentifie la Tradition religieuse de la ville et la sublime.

-          La préfiguration de la Jérusalem Céleste.

JEAN, GARDIEN DE L’ÉSOTÉRISME CHRÉTIEN

            Comme la plupart des religions, le christianisme possède un enseignement exotérique (élémentaire – diffusé au plus grand nombre) et un enseignement ésotérique (profond – réservé au petit nombre, c’est-à-dire à ceux qui font l’effort suffisant pour le recevoir).

            Certes, la majorité des responsables des Eglises Chrétiennes actuelles se refuse à admettre l’existence d’un ésotérisme chrétien. Pourtant les preuves de son existence dans l’Eglise Primitive ne manquent pas. Il suffit de relire les Evangiles, les Epitres, l’Apocalypse et les Pères de l’Eglise. Il suffit de se reporter aux travaux d’historiens concernant les premières communautés chrétiennes.

            Historiquement, exotérisme et ésotérisme ont coexisté au sein de la religion chrétienne jusqu’à la fin du IVème siècle. Puis, l’ésotérisme, ignoré ou banni par la religion officielle, se réfugie souvent en dehors des cadres officiels de l’Eglise. Mais il va de soi que les ésotérismes chrétiens restent l’Eglise fondée par le Christ.

            On retrouve l’ésotérisme chrétien chez des religieux (Saint Colomban – Saint Bernard – Saint Bonaventure – Saint Bruno – Saint François d’Assise…) chez des laïcs (Dante – Léonard de Vinci – Jacques Cœur …), chez des organisations initiatiques ou religieuses (Catharisme – Ordre du Temple – Christianisme Celtique – Fidèles d’Amour – Mouvement Rosicrucien du XVIIème siècle – Ordre Martiniste), chez les Alchimistes.

            L’ésotérisme chrétien, qui englobe toutes les disciplines Traditionnelles, est la sublimation de l’Esotérisme antique, qu’il soit d’Orient ou d’Occident (collèges sacerdotaux égyptiens – écoles de mystères grecques – Druidisme – Taoïsme – Hindouisme – Bouddhisme…). Il a donc un caractère universel et n’a de but que celui d’élever l’homme vers le Divin.

JEAN VU PAR MEYRINK

 

            Dans son livre « Le Dominicain Blanc », l’écrivain Gustav Meyrink, qui fut un authentique initié fait dire à l’un de ses personnages : « Regardez donc ce tableau accroché au mur : la CENE de Léonard de Vinci. Pour chacun des disciples de la CENE, la mission à laquelle est appelée son âme est exprimée symboliquement par la position des mains et des doigts. Chez tous, la main droite est active, soit qu’elle repose sur la table dont le bord est divisé en seize parties, soit qu’elle est jointe à la gauche. Judas ISCARIOTE est le seul chez qui la main gauche est active et la droite fermée. Jean l’Evangéliste, de qui Jésus a dit qu’il demeurait, Jean l’Evangéliste a les mains jointes : il est l’aimant qui n’en est plus un. Il est un anneau dans la chaîne de l’Eternité. Il n’est plus un errant, un voyageur ».

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JoomSpirit